Droit d'information des salariés lors d'une cession : ce qui change en 2026
Ce que tout dirigeant de PME doit savoir avant de vendre son entreprise ou son fonds de commerce
Vendre son entreprise ou son fonds de commerce ne se résume pas à trouver un acquéreur et signer un acte. Dans les PME, les salariés doivent être informés du projet de cession avant que la vente ne soit conclue. Cette obligation, méconnue de nombreux dirigeants, conditionne directement le calendrier de la transaction et sa sécurité juridique.
La loi de simplification de la vie économique du 26 mai 2026 vient d'assouplir ce dispositif de manière significative. Les nouvelles règles s'appliquent aux ventes conclues à compter du 27 juillet 2026. Pour les cessions en cours de préparation, comprendre ce qui change et ce qui reste en vigueur est indispensable.
Pourquoi les salariés ont-ils le droit d'être informés d'une cession ?
Ce droit trouve son origine dans la loi n° 2014-856 du 31 juillet 2014, dite loi Hamon, relative à l'économie sociale et solidaire. L'idée de départ est simple : lorsqu'un dirigeant vend son entreprise, les salariés (premiers concernés par ce changement de propriétaire) doivent en être informés suffisamment tôt pour pouvoir, s'ils le souhaitent, formuler une offre de rachat.
L'objectif affiché est de favoriser la reprise d'entreprise par les salariés, et de préserver l'emploi en donnant aux équipes en place une chance de se porter acquéreurs avant qu'un tiers extérieur ne reprenne l'affaire.
Il est essentiel de comprendre que ce n'est pas un droit de préemption. Le cédant n'a aucune obligation d'entrer en négociation avec un salarié et d'accepter son offre, ni même de communiquer des informations sur la stratégie ou les comptes de l'entreprise. Sa seule obligation est d'informer les salariés de son intention de vendre, dans un délai minimum avant la conclusion de la vente.
Qui est concerné par cette obligation ?
Le dispositif s'applique aux entreprises de moins de 250 salariés souhaitant procéder à :
- La vente d'un fonds de commerce (Art. L.141-23 à L.141-27 du Code de commerce)
- La cession de la majorité des parts sociales ou des actions (Art. L.23-10-1 à L.23-10-6 du Code de commerce)
L'obligation ne s'applique pas dans les cas suivants :
- Transmission à titre gratuit (donation, succession)
- Cession dans le cadre d'une procédure collective (liquidation, redressement judiciaire)
- Cession entre membres d'une même famille jusqu'au deuxième degré
- Entreprises dont les salariés ont été informés d'un projet de cession dans le cadre d'une consultation du CSE au cours des douze mois précédents
Comment l'obligation s'exerce en pratique
Le cédant doit notifier individuellement chaque salarié de son intention de vendre, par tout moyen permettant de conférer une date certaine à la notification : remise en main propre contre signature, lettre recommandée avec accusé de réception, acte d'huissier. La date retenue est celle de la réception par le salarié, et non celle de l'envoi.
Le contenu de la notification est limité : le cédant informe de son intention de vendre. Il n'a pas à préciser le prix envisagé, ni à fournir un quelconque document financier. Les salariés disposent ensuite du délai légal pour décider s'ils souhaitent formuler une offre de reprise.
Si un salarié présente une offre, le cédant reste entièrement libre de la suite à donner.
Le délai peut être purgé avant son terme. La vente peut intervenir avant l'expiration du délai légal dès lors que chaque salarié a fait connaître sa décision de ne pas présenter d'offre. La renonciation doit être individuelle et explicite. Dans une structure avec peu de salariés, où le dirigeant entretient des relations directes avec ses équipes, il est possible de recueillir ces renoncements rapidement et de procéder à la signature de l'acte sans attendre l'échéance du délai imposée.
Quelles sont les conséquences en cas de non-respect ?
La violation du droit d'information des salariés n'entraîne pas la nullité de la vente. En revanche, deux conséquences sont prévues par les textes :
- Dommages-intérêts. Tout salarié qui n'a pas été informé peut demander en justice la réparation du préjudice subi. Il doit démontrer ce préjudice, ce qui en pratique en limite la portée, mais l'exposition au contentieux post-cession est réelle.
- Amende civile. Le tribunal peut, à la demande du ministère public, prononcer une amende civile à l'encontre du cédant. Jusqu'au 26 juillet 2026, cette amende peut atteindre 2% du prix de cession. À compter du 27 juillet 2026, elle est plafonnée à 0,5% du prix de cession (Art. 22, loi n° 2026-403 du 26 mai 2026).
Ce qui change au 27 juillet 2026 : la réforme de la loi de simplification
L'article 22 de la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique réforme en profondeur le dispositif pour les ventes conclues à compter du 27 juillet 2026. Les changements diffèrent selon l'effectif de l'entreprise.
| Situation | Avant le 27 juillet 2026 | À compter du 27 juillet 2026 |
|---|---|---|
| Entreprises de moins de 50 salariés | Information individuelle de chaque salarié, délai de 2 mois | Information individuelle maintenue, délai réduit à 1 mois |
| Entreprises de 50 à 249 salariés dotées d'un CSE | Information individuelle de chaque salarié, délai de 2 mois | Obligation individuelle supprimée : seul le CSE est informé et consulté |
| Entreprises de 50 à 249 salariés sans CSE | Information individuelle de chaque salarié, délai de 2 mois | Obligation individuelle maintenue, délai réduit à 1 mois |
| Amende civile en cas de manquement | Jusqu'à 2% du prix de cession | Jusqu'à 0,5% du prix de cession |
La date de référence retenue par la loi est celle de la conclusion de la vente, c'est-à-dire la date de signature de l'acte de cession, et non la date de réalisation effective lorsque la vente est soumise à des conditions suspensives. Une cession signée le 28 juillet 2026 mais dont le closing intervient en septembre relève bien du nouveau régime.
Impact concret sur le calendrier d'une cession
L'obligation d'information des salariés s'intercale dans le processus de cession entre le moment où les parties tombent d'accord et celui où l'acte est signé. Elle ne peut pas être purgée après la signature : le délai légal doit être respecté avant la conclusion de la vente.
Pour un e-commerce ou un SaaS avec quelques salariés, le passage de 2 mois à 1 mois représente un gain de temps significatif. Et si l'ensemble des salariés renonce explicitement à formuler une offre avant l'expiration du délai, la vente peut être conclue immédiatement, sans attendre l'échéance.
Ce qu'il faut retenir
Le droit d'information des salariés est une obligation légale dont la méconnaissance expose le cédant à un risque financier réel, même si elle ne remet pas en cause la validité de la vente. La réforme de 2026 en réduit la contrainte sans en supprimer l'esprit : permettre aux salariés de se positionner comme repreneurs potentiels avant que la décision ne soit prise.
Pour toute cession conclue à compter du 27 juillet 2026, le délai est de 1 mois pour les entreprises de moins de 50 salariés, et l'obligation individuelle disparaît au-delà de 50 salariés au profit d'une consultation du CSE. L'amende civile maximale est ramenée à 0,5% du prix de cession. Dans les deux cas, si l'ensemble des salariés renonce explicitement et par écrit à formuler une offre, l'obligation est purgée avant son terme et la vente peut être conclue sans délai.
Sources officielles
- Légifrance — Loi n° 2014-856 du 31 juillet 2014 relative à l'économie sociale et solidaire (loi Hamon)
- Code de commerce — Art. L.141-23 à L.141-27 (information des salariés en cas de vente d'un fonds de commerce)
- Code de commerce — Art. L.23-10-1 à L.23-10-6 (information des salariés en cas de cession de titres)
- Légifrance — Art. 22, loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique (réduction du délai et de l'amende civile, suppression de l'obligation individuelle pour les 50+)
- Service Public Entreprendre — Vente de fonds de commerce ou d'une société : information préalable des salariés — mise à jour 27 mai 2026
- Bpifrance Création — Information préalable des salariés en cas de cession de l'entreprise