Fiscalité de la cession & reprise : ce que cédant et repreneur doivent savoir

Comprendre les mécanismes fiscaux et exonérations pour poser les bonnes questions et structurer votre opération.

Introduction

Vous envisagez de vendre votre activité ou de vous lancer dans une opération de reprise ? Les implications fiscales méritent d'être comprises en amont : la fiscalité influence le prix net perçu par le vendeur, le coût total pour l'acheteur, et parfois même le choix de la forme de cession.

Cet article décrypte les règles fiscales applicables en France en 2026, côté cédant comme côté repreneur. L'objectif n'est pas de remplacer l'accompagnement d'un expert-comptable ou d'un avocat fiscaliste, mais de vous donner les clés pour comprendre les mécanismes et poser les bonnes questions.

Les trois formes de cession : ce qui est vendu

Avant de parler fiscalité, il faut comprendre ce qui est vendu. Trois grandes formes de cession existent, et elles n'ont pas les mêmes implications.

La cession de titres (parts sociales ou actions) — On vend la société elle-même. L'acheteur devient associé ou actionnaire et récupère l'entreprise avec tout ce qu'elle contient : ses actifs, mais aussi ses contrats, son historique, ses dettes et ses engagements. La société conserve son numéro SIREN, ses comptes bancaires, ses relations contractuelles.

La cession de fonds de commerce — On vend l'activité, pas la structure juridique. Le fonds de commerce comprend les éléments nécessaires à l'exploitation : la clientèle, le droit au bail, le nom commercial, le matériel, les stocks, les contrats de travail. Le passif (dettes) de l'entreprise n'est pas transféré au repreneur.

La cession d'actif isolé — On vend un élément spécifique et identifié de l'entreprise : un site internet, une marque, un brevet, un fichier clients. Il ne s'agit pas d'une transmission d'activité à proprement parler.

Cession de titres

(parts ou actions)

  • Actifs
  • Contrats
  • Historique
  • Dettes
  • Engagements

Le repreneur devient associé/actionnaire de la société existante

Cession de fonds de commerce

  • Clientèle
  • Droit au bail
  • Nom commercial
  • Matériel
  • Stocks

Le repreneur acquiert l'activité sans le passif de la société

Cession d'actif isolé

  • Site web
  • Marque
  • Brevet
  • Fichier clients

Le repreneur intègre l'actif dans son patrimoine

Côté cédant : imposition, abattements et exonérations de la plus-value

La fiscalité du cédant dépend de deux questions : qu'est-ce qui est vendu (titres ou fonds/actifs) et qui vend (personne physique, holding, entreprise individuelle, société à l'IS).

Cession de titres (parts sociales ou actions)

Par une personne physique

Lorsqu'un associé personne physique cède les titres d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés (IS), la plus-value relève du régime des plus-values mobilières des particuliers.

Calcul de la plus-value
Plus-value = Prix de cession − Prix d'acquisition des titres

Le prix d'acquisition correspond au montant que vous avez payé pour acquérir vos parts ou actions, ou à leur valeur de souscription si vous avez créé la société. Les frais d'acquisition peuvent être ajoutés au prix d'acquisition.

Le prélèvement forfaitaire unique (PFU) — régime par défaut

Depuis 2018, le régime par défaut est le prélèvement forfaitaire unique, communément appelé "flat tax". En 2026, suite à la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, le taux global passe à 31,4 % pour les plus-values de cession de titres :

ComposanteTaux
Impôt sur le revenu12,8 %
Prélèvements sociaux (CSG 10,6 % + CRDS 0,5 % + prélèvement de solidarité 7,5 %)18,6 %
Total PFU31,4 %

Source : Loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 (loi n°2025-1403 du 30 décembre 2025), article 12.

Exemple
Vous cédez vos parts pour 200 000 € alors que vous les aviez acquises pour 50 000 €. Votre plus-value est de 150 000 €. Au PFU, l'impôt dû est de 150 000 € × 31,4 % = 47 100 €. Il vous reste 152 900 € nets.
L'option pour le barème progressif

Vous pouvez opter pour l'imposition au barème progressif de l'impôt sur le revenu. Cette option peut être intéressante si votre taux marginal d'imposition est faible, ou si vous pouvez bénéficier d'abattements pour durée de détention.

Attention : Les abattements pour durée de détention ne s'appliquent qu'aux titres acquis avant le 1er janvier 2018. Pour les titres acquis après cette date, l'option pour le barème n'ouvre droit à aucun abattement.
Abattements de droit commun (titres acquis avant le 1er janvier 2018)
Durée de détentionAbattement sur la plus-value
Moins de 2 ans0 %
De 2 ans à moins de 8 ans50 %
8 ans et plus65 %

Source : Article 150-0 D du Code général des impôts.

Abattements renforcés

Un abattement majoré existe pour les cessions de titres de PME de moins de 10 ans à la date de souscription ou d'acquisition :

Durée de détentionAbattement renforcé
De 1 an à moins de 4 ans50 %
De 4 ans à moins de 8 ans65 %
8 ans et plus85 %

Source : Article 150-0 D, 1 quater du Code général des impôts.

Important : L'abattement s'applique uniquement pour le calcul de l'impôt sur le revenu. Les prélèvements sociaux (18,6 %) restent dus sur la totalité de la plus-value, sans abattement.
Flat Tax (PFU) ou barème progressif : comment choisir ?

Flat Tax = 12,8 % (IR) + 18,6 % (PS) = 31,4 %
Barème progressif = Taux Marginal d'Imposition + 18,6 % (PS) — avec abattements si titres acquis avant 2018


Règle simple :

  • TMI 0 % ou 11 % → barème généralement plus avantageux (car 11 % < 12,8 % du PFU)
  • TMI 30 % ou plus → PFU généralement plus avantageux (sauf abattements importants sur titres pré-2018)

Cas particulier — Titres acquis avant 2018 :
Les abattements de 50 % à 85 % peuvent rendre le barème avantageux même avec un TMI de 30 %, selon la durée de détention.

Faites une simulation comparative avant de choisir.
L'abattement pour départ à la retraite du dirigeant (article 150-0 D ter)

Les dirigeants de PME qui cèdent leurs titres à l'occasion de leur départ à la retraite peuvent bénéficier d'un abattement fixe de 500 000 € sur la plus-value, quel que soit le mode d'imposition choisi (PFU ou barème).

Conditions relatives au cédant :

  • Avoir exercé une fonction de direction (gérant, président, DG, membre du directoire...) de manière continue pendant les 5 années précédant la cession
  • Avoir perçu une rémunération représentant plus de 50 % de ses revenus professionnels
  • Avoir détenu au moins 25 % des droits de vote pendant les 5 années précédant la cession
  • Cesser toute fonction dans la société et faire valoir ses droits à la retraite dans les 2 ans précédant ou suivant la cession
  • Détenir les titres cédés depuis au moins 1 an

Conditions relatives à la société :

  • Être une PME au sens du règlement européen UE 651/2014 (< 250 salariés, CA < 50 M€ ou total bilan < 43 M€)
  • Avoir exercé une activité opérationnelle de manière continue pendant les 5 années précédant la cession
  • Avoir son siège dans l'Espace économique européen
  • Être soumise à l'IS
Important : L'abattement de 500 000 € s'applique pour le calcul de l'impôt sur le revenu uniquement. Les prélèvements sociaux restent dus sur la plus-value totale (avant abattement).

Source : Article 150-0 D ter du Code général des impôts ; BOFiP BOI-RPPM-PVBMI-20-40 ; dispositif prolongé jusqu'au 31 décembre 2031 par la loi de finances pour 2025.

Exemple
Un dirigeant cède ses titres pour 800 000 € (acquis pour 100 000 €). Sa plus-value est de 700 000 €.
  • Sans abattement retraite : IR = 700 000 × 12,8 % = 89 600 €, PS = 700 000 × 18,6 % = 130 200 €. Total = 219 800 €.
  • Avec abattement retraite (500 000 €) : l'abattement réduit la base imposable à l'IR uniquement. IR = (700 000 − 500 000) × 12,8 % = 25 600 €, PS = 700 000 × 18,6 % = 130 200 € (les PS restent dus sur la totalité). Total = 155 800 €.
L'économie d'impôt est de 64 000 € (500 000 € × 12,8 %).

Par une société holding (personne morale à l'IS)

Lorsqu'une société holding soumise à l'IS cède les titres d'une filiale, elle peut bénéficier du régime des titres de participation, aussi appelé "niche Copé".

Conditions d'éligibilité :

  • Détenir au moins 5 % du capital de la société cédée
  • Détenir les titres depuis au moins 2 ans à la date de cession
  • Titres inscrits en comptabilité comme "titres de participation"
  • La société cédée ne doit pas être à prépondérance immobilière

Régime fiscal : La plus-value est exonérée d'IS, à l'exception d'une quote-part de frais et charges de 12 % qui reste imposable au taux normal de l'IS.

Imposition effective : 12 % × 25 % (taux IS) = 3 % de la plus-value.

Source : Article 219, I-a quinquies du Code général des impôts ; BOFiP BOI-IS-BASE-20-20-10-20.

Exemple
Une holding cède les titres d'une filiale détenue depuis 5 ans, réalisant une plus-value de 600 000 €. Quote-part imposable : 600 000 € × 12 % = 72 000 €. IS dû : 72 000 € × 25 % = 18 000 €. Taux effectif : 3 %.

Stratégie d'optimisation : l'apport-cession (article 150-0 B ter)

L'apport-cession est un mécanisme permettant de reporter l'imposition de la plus-value lors de la cession de titres. Il s'adresse aux personnes physiques qui souhaitent réinvestir le produit de la vente.

Comment ça fonctionne :

  1. Avant la vente, le dirigeant apporte ses titres à une société holding qu'il contrôle. Cet apport génère une plus-value, mais son imposition est reportée.
  2. La holding cède les titres à l'acquéreur final et encaisse le prix de vente. Elle dispose alors de 100 % des liquidités (pas de frottement fiscal immédiat).
  3. Si la cession intervient moins de 3 ans après l'apport, la holding doit réinvestir au moins 60 % du produit de cession dans des activités économiques éligibles, dans un délai de 2 ans.

Intérêt stratégique :

  • Report de l'imposition : l'impôt n'est pas dû immédiatement
  • 100 % des liquidités disponibles pour réinvestir (contre ~68,6 % après PFU en cession directe)
  • Possibilité de consolider plusieurs participations dans une holding patrimoniale
Point d'attention crucial — Report ≠ Exonération :

Le report d'imposition n'est pas une exonération. L'impôt devient exigible si :

  • Le contribuable cède les titres de la holding reçus en échange
  • La holding ne respecte pas l'obligation de réinvestissement (si cession < 3 ans)
  • Le contribuable transfère son domicile fiscal hors de France (exit tax)

Extinction définitive sans impôt : La plus-value en report peut être définitivement purgée en cas de donation des titres de la holding (sous conditions de conservation par le donataire).

Source : Article 150-0 B ter du Code général des impôts ; BOFiP BOI-RPPM-PVBMI-30-10-60.

Cession de fonds de commerce ou d'actif isolé

Calcul de la plus-value

Plus-value = Prix de cession − Valeur nette comptable

La valeur nette comptable correspond à la valeur d'origine de l'actif, diminuée des amortissements pratiqués. La cession d'un actif isolé (site web, marque, brevet) génère également une plus-value imposable dès lors que l'actif était inscrit au bilan de l'entreprise.

Par une société soumise à l'IS

Les plus-values réalisées par une société à l'IS (SAS, SARL à l'IS...) sont intégrées au résultat imposable et soumises à l'IS au taux normal :

  • 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice (taux réduit PME)
  • 25 % au-delà

Il n'y a pas de distinction court terme / long terme pour les sociétés à l'IS.

Source : Article 219 du Code général des impôts ; fiche « Taux d'imposition à l'IS » sur entreprendre.service-public.fr.

Par une entreprise individuelle ou société à l'IR

Les plus-values réalisées par une entreprise individuelle ou une société soumise à l'IR (EURL à l'IR, SNC...) relèvent du régime des plus-values professionnelles.

Distinction court terme / long terme

Les plus-values professionnelles sont classées en deux catégories selon la durée de détention et la nature de l'actif :

Plus-value à court terme :

  • Actif détenu depuis moins de 2 ans, ou
  • Pour un actif amortissable détenu depuis 2 ans ou plus : la fraction correspondant aux amortissements déduits

Plus-value à long terme :

  • Actif non amortissable détenu depuis 2 ans ou plus, ou
  • Pour un actif amortissable détenu depuis 2 ans ou plus : la fraction excédant les amortissements déduits

Source : Articles 39 duodecies et suivants du Code général des impôts.

Régime d'imposition
Type de plus-valueImposition
Court termeAjoutée au résultat imposable (barème progressif IR + PS 18,6 %)
Long termeTaux forfaitaire de 12,8 % + PS 18,6 % = 31,4 %
Exemple
Vous avez acquis un fonds de commerce pour 100 000 € il y a 10 ans. Vous le cédez pour 180 000 €. La plus-value de 80 000 € est à long terme (actif non amortissable, détenu plus de 2 ans). Elle sera imposée au taux de 31,4 %, soit 25 120 € d'impôt, sauf application d'un dispositif d'exonération.

Les dispositifs d'exonération des plus-values

Plusieurs dispositifs permettent d'exonérer tout ou partie de la plus-value réalisée lors de la cession d'un fonds de commerce ou d'actifs professionnels.

Article 238 quindecies — Exonération selon le prix de cession (IR et IS)

Ce dispositif exonère les plus-values en fonction du prix de cession (hors immobilier). Il s'applique aux entreprises à l'IR comme aux PME soumises à l'IS (sous conditions).

Prix de cessionNiveau d'exonération
≤ 500 000 €Exonération totale
Entre 500 000 € et 1 000 000 €Exonération partielle dégressive

Conditions :

  • Cession d'un fonds de commerce, d'une branche complète d'activité, ou cession par un associé de l'intégralité de ses parts dans une société où il exerce son activité professionnelle
  • Activité exercée depuis au moins 5 ans
  • Pour les sociétés à l'IS : être une PME au sens du règlement européen UE 651/2014 (< 250 salariés, CA < 50 M€ ou total bilan < 43 M€)
Important : Ce dispositif exonère l'impôt sur le revenu (ou l'IS) mais pas les prélèvements sociaux pour les entreprises à l'IR, qui restent dus sur la totalité de la plus-value.

Source : Article 238 quindecies du Code général des impôts ; BOFiP BOI-BIC-PVMV-40-20-50.

Article 151 septies — Exonération selon les recettes (IR uniquement)

Ce dispositif exonère les plus-values des petites entreprises en fonction de leur niveau de recettes.

ActivitéExonération totaleExonération partielle
Vente de marchandises, hébergement, restaurationRecettes ≤ 250 000 €250 000 € < Recettes ≤ 350 000 €
Prestations de servicesRecettes ≤ 90 000 €90 000 € < Recettes ≤ 126 000 €
Activités agricolesRecettes ≤ 350 000 €350 000 € < Recettes ≤ 450 000 €

Conditions : activité exercée depuis au moins 5 ans, à titre professionnel.

Important : Ce dispositif exonère à la fois l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux.

Source : Article 151 septies du Code général des impôts ; BOFiP BOI-BIC-PVMV-40-10-10.

Article 151 septies A — Exonération pour départ à la retraite (IR uniquement)

Ce dispositif permet une exonération totale de la plus-value pour les exploitants individuels qui cèdent leur entreprise à l'occasion de leur départ à la retraite.

Conditions principales :

  • Activité exercée pendant au moins 5 ans
  • Cessation de toute fonction et départ à la retraite dans les 2 ans suivant ou précédant la cession
  • Le cédant ne doit pas détenir plus de 50 % des droits de vote de l'entreprise cessionnaire pendant les 3 années suivant la cession
Important : Ce dispositif exonère l'impôt sur le revenu mais pas les prélèvements sociaux, qui restent dus sur la totalité de la plus-value.

Source : Article 151 septies A du Code général des impôts ; BOFiP BOI-BIC-PVMV-40-20-50.

Tableau comparatif des dispositifs d'exonération (cession de fonds/actifs)
CritèreArt. 238 quindeciesArt. 151 septiesArt. 151 septies A
Critère principalPrix de cessionRecettesDépart retraite
Seuil exonération totale500 K€250 K€ (ventes) / 90 K€ (services)Pas de seuil
Durée d'activité min.5 ans5 ans5 ans
Régime fiscal éligibleIR et IS (PME)IR uniquementIR uniquement
Exonération PSNonOuiNon
Cumul possibleNon avec 151 septiesNon avec 238 quindeciesOui avec les deux

Source : BOFiP BOI-BIC-PVMV-40-20-50.

Côté repreneur : les droits d'enregistrement

Lors de la reprise d'une entreprise ou d'un fonds de commerce, l'acheteur doit s'acquitter de droits d'enregistrement (aussi appelés droits de mutation) lors de l'enregistrement de l'acte de cession auprès du service des impôts. Le montant varie selon la nature de ce qui est acquis.

Cession de parts sociales (SARL, EURL, SNC, SCI...)

Les cessions de parts sociales sont soumises à un droit d'enregistrement de 3 %, après application d'un abattement.

Calcul des droits

Abattement = 23 000 € × (Nombre de parts cédées / Nombre total de parts)
Droits = (Prix de cession − Abattement) × 3 %

Le montant minimum des droits est de 25 €.

Source : Article 726, I-1° bis du Code général des impôts ; fiche « Droits d'enregistrement sur cession de parts sociales » sur impots.gouv.fr.

Exemple
Vous achetez 60 % des parts d'une SARL pour 150 000 €. La société compte 100 parts au total, vous en achetez 60.
  • Abattement = 23 000 € × (60 / 100) = 13 800 €
  • Base taxable = 150 000 € − 13 800 € = 136 200 €
  • Droits d'enregistrement = 136 200 € × 3 % = 4 086 €
Cas particulier — Société à prépondérance immobilière : Si plus de 50 % de l'actif de la société est constitué d'immeubles (hors immeubles d'exploitation), le taux passe à 5 % sans abattement. C'est le cas notamment de nombreuses SCI.

Cession d'actions (SAS, SA, SCA)

Les cessions d'actions sont soumises à un droit d'enregistrement de 0,1 % du prix de cession, sans abattement ni plafonnement.

Source : Article 726, I-1° du Code général des impôts.

Exemple
Vous achetez 100 % des actions d'une SAS pour 500 000 €.
  • Droits d'enregistrement = 500 000 € × 0,1 % = 500 €
Comparaison SARL vs SAS
Sur cette même opération à 500 000 €, les droits auraient été de (500 000 − 23 000) × 3 % = 14 310 € pour une SARL. La différence est significative, ce qui explique pourquoi certaines sociétés se transforment en SAS avant une cession.

Cession de fonds de commerce

Les droits d'enregistrement sur les cessions de fonds de commerce suivent un barème progressif :

Tranche de prixTaux
Jusqu'à 23 000 €0 %
De 23 000 € à 200 000 €3 %
Au-delà de 200 000 €5 %

Source : Article 719 du Code général des impôts ; fiche « Droits d'enregistrement sur cession de fonds de commerce » sur entreprendre.service-public.fr.

Exemple
Vous achetez un fonds de commerce pour 300 000 €.
  • Tranche 0 à 23 000 € : 0 €
  • Tranche 23 000 à 200 000 € : 177 000 € × 3 % = 5 310 €
  • Tranche au-delà de 200 000 € : 100 000 € × 5 % = 5 000 €
  • Total = 10 310 €

Abattement de 500 000 € pour les salariés et la famille

Un abattement de 500 000 € sur la valeur du fonds s'applique lorsque l'acquéreur est :

  • Un salarié de l'entreprise en CDI depuis au moins 2 ans, ou en apprentissage
  • Un membre de la famille du cédant (époux, partenaire de PACS, ascendants, descendants, frères et sœurs)

Conditions :

  • Cession de la pleine propriété du fonds
  • Le cédant détient le fonds depuis plus de 2 ans
  • L'acquéreur poursuit l'exploitation pendant au moins 5 ans

Source : Article 732 ter du Code général des impôts ; fiche « Droits d'enregistrement en cas de reprise d'entreprise » sur bpifrance-creation.fr.

Tableau comparatif des droits d'enregistrement

Type de cessionTauxAbattementExemple sur 300 000 €
Actions (SAS, SA)0,1 %Aucun300 €
Parts sociales (SARL)3 %23 000 € (proratisé)8 310 €
Parts de SCI (immobilière)5 %Aucun15 000 €
Fonds de commerce0 % / 3 % / 5 %Barème progressif10 310 €

Points de vigilance

Pour le cédant

Délais à respecter

  • Déclaration de cessation d'activité auprès de l'administration fiscale dans les 45 jours suivant la cession (article 201 du CGI)
  • Déclaration des bénéfices et plus-values réalisés jusqu'à la date de cession

Bénéfices en sursis d'imposition

Une cession d'entreprise est fiscalement assimilée à une cessation d'activité. Cela entraîne l'imposition immédiate :

  • Des bénéfices d'exploitation réalisés depuis le dernier exercice clos
  • Des provisions devenues sans objet
  • Des plus-values latentes sur les actifs

Source : Article 201 du Code général des impôts.

Pour le repreneur

TVA sur cession de fonds de commerce

La cession d'un fonds de commerce est en principe soumise à la TVA. Toutefois, une exonération s'applique si :

  • La cession porte sur l'intégralité du fonds de commerce
  • L'acquéreur est lui-même assujetti à la TVA

Dans ce cas, l'acquéreur n'a pas de TVA à payer sur l'opération.

Source : Article 257 bis du Code général des impôts ; BOFiP BOI-TVA-CHAMP-10-10-50-10.

Solidarité fiscale

L'acquéreur d'un fonds de commerce peut être tenu solidairement responsable des impôts directs (impôt sur le revenu, impôt sur les sociétés, taxes assises sur les salaires) dus par le vendeur, dans la limite du prix de cession.

Source : Article 1684 du Code général des impôts.

Conseil : L'acheteur a intérêt à demander un certificat de régularité fiscale du vendeur ou à séquestrer une partie du prix pendant le délai de prescription.

Délais à respecter

  • Enregistrement de l'acte de cession dans le mois suivant la signature (acte authentique) ou sans délai (acte sous seing privé)
  • Publication dans un support d'annonces légales dans les 15 jours

Comment choisir entre cession de titres et cession de fonds ?

Le choix entre céder les titres de la société ou vendre le fonds de commerce n'est pas qu'une question fiscale. Si la fiscalité est un paramètre important, d'autres éléments entrent en jeu et peuvent primer selon les situations.

Ce que dit la théorie fiscale

Pour le cédant :

  • La cession de titres permet de bénéficier du PFU à 31,4 % ou des abattements pour durée de détention
  • La cession de fonds de commerce génère une plus-value professionnelle, potentiellement exonérable selon les dispositifs vus plus haut
  • En cas de départ à la retraite, l'abattement de 500 000 € (article 150-0 D ter) s'applique aux cessions de titres

Pour le repreneur :

  • Les droits d'enregistrement sont plus faibles sur les actions (0,1 %) que sur les parts sociales (3 %) ou le fonds de commerce (3 à 5 %)
  • Le repreneur d'un fonds de commerce peut amortir la valeur du fonds (hors droit au bail) et déduire les charges correspondantes
  • Le repreneur de titres récupère la société avec son historique et ses dettes

Ce que dit la pratique

Au-delà de la fiscalité, le choix dépend souvent de facteurs très concrets liés à l'activité elle-même et au profil du repreneur :

Les contrats et engagements — Certains contrats clés (bail commercial, contrats fournisseurs, partenariats, mandats de prélèvements automatiques bancaires) comportent des clauses de changement de contrôle ou ne sont pas cessibles. Une cession de titres permet de les conserver automatiquement, là où une cession de fonds impose de les renégocier et de remettre en place les autorisations de prélèvement.

L'historique et les dettes — Un repreneur qui ne souhaite pas assumer l'historique de la société (dettes, contentieux potentiels, engagements hors bilan) préférera une cession de fonds. Un repreneur qui a besoin de l'antériorité de la société (références clients, certifications, accès à certains marchés) privilégiera les titres.

Le financement — Les banques ont parfois des politiques différentes selon la forme de cession. Certaines préfèrent financer un fonds de commerce (actif tangible) plutôt que des titres de société.

La structure existante du repreneur — Si le repreneur a déjà une société, il peut préférer racheter un fonds pour l'intégrer à son activité existante plutôt que de gérer deux structures distinctes.

Le profil du cédant — Un dirigeant proche de la retraite aura intérêt à structurer l'opération pour bénéficier de l'abattement de 500 000 €, ce qui oriente vers une cession de titres.

Plutôt cession de titres si...

  • Le cédant part à la retraite (abattement 500 K€)
  • Des contrats clés ne sont pas cessibles ou renégociables (bail, prélèvements auto...)
  • La société a une antériorité ou des certifications utiles
  • La société est une SAS (droits à 0,1 % seulement)

Plutôt cession de fonds si...

  • Le repreneur ne veut pas reprendre les dettes
  • Le repreneur a déjà une structure juridique
  • La société a un historique "chargé" (contentieux...)
  • Le repreneur veut amortir le fonds acquis
Chaque situation est particulière. Le choix dépend autant des spécificités de l'activité que des considérations fiscales. Faites-vous accompagner pour analyser tous les paramètres avant de décider.

En résumé

La fiscalité d'une cession d'activité est un sujet technique qui mérite d'être anticipé. Voici les points essentiels à retenir :

Côté cédant — cession de titres :

  • La plus-value est imposée à la Flat Tax de 31,4 % (2026) ou au barème progressif avec abattements pour les titres acquis avant 2018
  • L'abattement de 500 000 € pour départ à la retraite (150-0 D ter) est un levier puissant mais soumis à conditions strictes
  • Le mécanisme d'apport-cession (150-0 B ter) permet de reporter l'imposition pour réinvestir

Côté cédant — cession de fonds/actifs :

  • Les plus-values professionnelles peuvent être exonérées sous conditions (238 quindecies, 151 septies, 151 septies A)
  • Le dispositif 238 quindecies s'applique aux entreprises à l'IR comme aux PME à l'IS
  • Attention : certains dispositifs exonèrent l'IR mais pas les prélèvements sociaux

Côté cédant — holding :

  • Le régime des titres de participation permet une imposition effective de seulement 3 % de la plus-value (détention >5 %, >2 ans)

Côté repreneur :

  • Les droits d'enregistrement varient fortement selon la forme de cession : 0,1 % pour des actions, 3 % pour des parts sociales, 3 à 5 % pour un fonds de commerce
  • Des abattements existent pour les salariés et les membres de la famille

Sur le choix de la forme de cession :

  • La fiscalité n'est qu'un critère parmi d'autres
  • Les spécificités de l'activité (contrats, baux, historique, prélèvements automatiques) et le profil du repreneur (structure existante, financement) sont souvent déterminants
  • Faites-vous accompagner pour analyser l'ensemble des paramètres

Sources principales

  • Code général des impôts — Articles 150-0 A à 150-0 F (plus-values mobilières), 150-0 D ter (abattement retraite), 150-0 B ter (apport-cession), 151 septies, 151 septies A, 238 quindecies (exonérations), 219 I-a quinquies (titres de participation), 719 et 726 (droits d'enregistrement)
  • BOFiP - Bulletin Officiel des Finances Publiques — BOI-RPPM-PVBMI-20-40 (abattement retraite titres), BOI-BIC-PVMV-40-10-10 (exonération petites entreprises), BOI-BIC-PVMV-40-20-50 (238 quindecies), BOI-IS-BASE-20-20-10-20 (titres de participation)
  • Loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 (loi n°2025-1403 du 30 décembre 2025) — Hausse des prélèvements sociaux à 18,6 %
  • Loi de finances pour 2025 — Prolongation de l'abattement retraite jusqu'en 2031
  • entreprendre.service-public.frJe transmets et Je reprends
  • bpifrance-creation.frTransmettre une entreprise étape par étape et Les différents modes juridiques de transmission

Avertissement

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